Fêtes 1978 : Blanc et Rouge ? Ca ne prendra jamais !

En cet été 1978 un doux vent d’Ouest nous apporte les effluves iodées de l’océan tout proche, a celles-ci se mêlent les fragrances des fruits rouges qui envahissent le carreau des halles centrales.

Ces parfums ravivent ce souvenir empreint de nostalgie de la clôture des dernières Fêtes, mais il s’efface subitement car nous y sommes ! Plus qu’une semaine avant l’Ouverture…

La semaine des fins stratèges

Nous entrons dans la fameuse semaine dite « stratégique » pour tous ceux qui se sont vus leur congés refusés, il ne reste plus que 7 jours pour trouver l’excuse la plus imparable pour ne pas travailler pendant la fameuse période de réjouissances, et ce n’est pas une mince affaire.

Il est en effet totalement exclu de passer ne serait-ce qu’une heure au travail durant cette période sacrée, tous y font un point d’honneur, d’autant que cette année il n’y aura pas de Fêtes du Petit Bayonne, l’amicale du quartier n’ayant pu récolter suffisamment de cotisations.

De fait, chacun rivalise d’imagination, même si année après année, l’exercice se complique.

  • Il y a ceux qui consultent dans l’espoir que le médecin leur trouve un petit quelque chose susceptible de leur valoir un arrêt de travail d’au moins 6 jours, et certains y parviennent comme l’un de mes amis, qui du haut de ses 14 de tension et d’un exercice de dramaturgie inégalé, a tout de même arraché un maigre 3 jours.
  • Il y a ceux qui n’hésitent pas à dormir avec des peaux d’oranges dans les chaussettes, dans l’espoir secret que cela provoque une fièvre susceptible de donner le change au docteur. Sand doute une bonne vieille recette de ceux qui ont fait l’armée.
  • Ceux qui attendent le dernier moment pour annoncer à leur patron le décès subit d’une tante à l’autre bout du pays, qui les force à s’éclipser en urgence.
  • Et en bout de course, ceux qui ont déjà épuisé toute le spectre d’excuses dites imparables, et qui, en désespoir de cause, arguent qu’en raison du bruit généré par les festivités, ils passeraient de si mauvaises nuits, qu’ils ne seraient pas capable d’assurer leur tâche dans les meilleures conditions…

Bien entendu les patrons sont loin d’être dupes, d’autant qu’ils ont pour la plupart déjà pratiqué le même exercice autrefois avec leurs propres employeurs, c’est dire.

« Jour J »

C’est l’effervescence, les Fêtes tant attendues débutent tout à l’heure, les bayonnais sont rayonnants, et dégagent inconsciemment une gaité et un enthousiasme communicatifs qui se répandent d’un quartier à l’autre.

Il est temps de revêtir la tenue adéquate, le fameux T-shirt marin et le pantalon de bleu de travail retroussé comme il se doit jusqu’aux genoux, le tout agrémenté des non moins indispensables foulards, bérets et ceintures rouges.

Il ne manque plus que les sandales noires qui complètent avantageusement l’ensemble.

21h00

Habitant rue Bourgneuf, il me suffit de descendre un étage pour retrouver ma bande de copains, Alain, Roger, Roland, Jean-Marie, José… c’est parti ! Direction la Mairie !

Nous ne pouvons nous l’expliquer, mais nous avons le sentiment d’être comme transportés par la promesse imminente d’une nouvelle et importante étape de notre vie, rien que ça.

Nous traversons le Pont Mayou, en ce 400ème anniversaire du détournement de l’Adour, ses eaux apaisées accueillent celles de la Nive et apportent une note de quiétude en total contraste avec le vacarme tonitruant qui les borde.

22h00

22h00 Tous les copains sont là ! Ceux de Saint Esprit, ceux du Grand Bayonne et bien entendu l’avant-garde du Petit Bayonne qui ne saurait marquer le moindre retard.

La foule se renforce, les regards sont dirigés vers le balcon de la Mairie d’où vont bientôt être jetées les 3 clés symbolisant l’ouverture des fêtes pour les 3 quartiers.

Ca y est ! Christian Belascain, rugbyman international bayonnais, qui est notre invité d’honneur se présente au balcon de la mairie !

Durant les brèves allocutions de Christian et d’Henry Grenet quelque sifflets sporadiques dus à l’impatience se font entendre, puis c’est le moment tant attendu, les 3 clés sont jetées par Christian !

Là les sifflets font place au chants traditionnels, les multiples bandas enchainent suivies par les quelques 150 txistularis qui organisent un alarde impressionnant.

Nous mettons nos foulards.

L’ambiance est à son comble, cette édition nous parait des plus prometteuses, nous sommes tout simplement heureux !

La place de la Liberté (la bien nommée) commence à se désemplir, de nombreux festayres s’éparpillent en suivant les nombreuses bandas dans les rues et quais adjacents.

D’autres restent sur place puisque le bal va débuter dans quelques minutes.

Les cafetiers sont sur le pied de guerre, ils savent ce qui les attend et ils s’y sont préparés à merveille, des cohortes de camions les ont ravitaillés toute la journée, et il en sera de même pour les cinq jours qui viennent.

Ci et là, les premières chansons traditionnelles des Fêtes se font entendre, et nous ne sommes pas les derniers à les entonner, notre catalogue est bien fourni avec notamment Oi Gu Hemen, Bébert, C’est à baba…, Yo Te Dare, Les vielles chouettes, A Caracas au marché de la place… pour ne citer que celles-là.

La liesse est générale, et tout particulièrement dans le Petit Bayonne et autour des Halles, les bars sont bondés, les bandas s’en donnent à cœur joie !

A chaque coin de rue, les grosses caisses résonnent en nous, donnant l’impression que la Fête, notre Fête, est immense, totale et infinie… Nous avons le sentiment qu’elle durera toujours…

Les rencontres

Les jours qui suivent sont marqués par de belles rencontres au fil de nos déambulations, qu’il s’agisse de copains que l’on a plaisir à trouver ici, de vieilles connaissances ou même de parfait(es) inconnu(es), chaque rencontre motive un détour par le bar le plus proche, et là pas besoin de GPS.

Et puis il y a les indéboulonnables, comme par exemple le « furtif » au discours pudique qui nous dit venir faire « un petit tour aux Fêtes » et que l’on retrouvera à 4h du matin assis sur un trottoir chantant « Boga-Boga ».

Il y a aussi le fanfaron qui compte bien faire les 5 jours et 5 nuits sans rentrer chez lui, mais que l’on ne verra plus dès le 2ème jour…

Sans oublier le fameux agoraphobe avant l’heure, qui dit n’avoir jamais pu supporter la foule, mais qui dès le premier soir, jouera des coudes au comptoir de Pierrot Cacareigt..

L’heure de la traditionnelle sangria de Mamie

Vers 19h, avec les copains, nous allons chez ma grand-mère qui nous a préparé pour l’occasion une bassine de délicieuse sangria maison, bien entendu la teneur en alcool frôle celle d’une limonade, mais sa délicate attention restera l’un de ces moments inoubliables que l’on n’oublie pas.

Tous les matins, nous retrouvons aussi notre facteur du quartier, personnage pour le moins haut en couleurs, pour qui les Fêtes ne changent rien à sa consommation standard de rosé limé.

Lors des Fêtes, il est 11h lorsque du haut de ses 125kgs, il assure le clou de sa tournée, c’est carrément à genoux au milieu de la rue, les bras au ciel et la sacoche en bandoulière qu’il entonne son titre favori à savoir « … Ah Léon, Léon, Léon, Roi de Bayonne… » 

Au fil des jours, nous croisons ci et là quelques festayres en blanc et rouge, j’avoue que cela me surprend quelque peu. Alain me dit que c’est une idée d’André Béhoteguy qui aimerait que désormais tout le monde s’habille comme ça pour les Fêtes.

Quelle idée saugrenue, cela ne prendra jamais !

Le Bayonnais est taquin…

En cette année 1978, le périmètre des Fêtes n’est pas bouclé, et les rues restent ouvertes à la circulation, de jour comme… de nuit…

Les Bayonnais les plus optimistes (ou les plus hardis) n’hésitent pas une seconde à se garer pour la nuit, rue Bourgneuf, rue Pannecau ou le long des quais par exemple, tout comme ils le font le reste de l’année.

Mais… dès le lendemain matin, ils prennent conscience du préjudice en retrouvant leur « Ami 6 » ou leur « Renault 12 », non pas dégradée, car ce n’est pas dans les mœurs de l’époque, mais plutôt émanant de fortes effluves de gros rouge qui tâche, voire pire, de fragrances de chipiron ayant mal vieilli dans leur pot d’échappement, surtout par forte chaleur.

Tous les festayres alentour s’amusent de les voir piquer une rage folle, mais qui n’est rien à côté de la réaction de leurs dames qui s’étant mises sur leur « 31 » pour faire leurs courses au supermarché, se voient contraintes de monter dans un véhicule aux odeurs de chalutier !

Du grand spectacle !

Quoi que l’on puisse en penser, ces derniers sont loin d’être les principales « victimes » de ces taquineries bien Bayonnaises.

En effet, il est une autre catégorie dont certains représentants arrivent à vivre de grands moments de solitude, tout en se trouvant au milieu de la foule de Festayres, un paradoxe me direz-vous ? Pas vraiment, jugez plutôt…

Le « Touriste » innocent qui vient de se faire des centaines de kilomètres sous un soleil de plomb, sans clim ni GPS, et qui, pour faire bonne mesure s’est pris quelques bouchons, à une époque où les autoroutes ne sont pas légion.

Au volant de sa rutilante « 404 Peugeot » tractant une énorme caravane flambant neuve, ayant chaussé de superbes lunettes noires, coiffé de son « Bob jaune » sans doute récupéré lors du Tour de France, sans oublier le short et le Marcel, l’ensemble constituant l’archétype du conquistador aoutien d’alors.

Il a pour (mauvaise) habitude d’arriver par le Pont St Esprit, puis une fois Place du Réduit, deux options s’offrent à lui, celle de poursuivre vers le Théâtre pour ensuite longer l’Adour, ce qui représente l’itinéraire le moins « risqué », soit tourner à gauche, pour s’engouffrer dans le Petit Bayonne… et là les choses se compliquent subitement…

Roulant au pas, au milieu de la foule, se faufilant entre les comptoirs extérieurs des bars, faisant preuve d’une patience absolue lorsqu’un Festayre à genoux au milieu de la rue s’octroie un petit coup de chahakoa, notre touriste au volant de son attelage d’une dizaine de mètres, entre sans le savoir dans l’équivalent du Labyrinthe du Minotaure, ce qui va très vite lui faire regretter les doux bouchons du trajet.

Même s’il dispose d’un sens de l’orientation affûté, il se retrouve très rapidement au cœur d’un tourbillon qu’il ne contrôle pas, et c’est généralement à ce stade qu’en désespoir de cause, sa co-pilote d’épouse déploie frénétiquement ses cartes Michelin, dans le secret espoir qu’elles lui apportent l’illumination…

Cela ressemble fortement à ce que l’on appelle aujourd’hui un « Escape Game »

Ayant perdu tout espoir de s’en sortir seul, notre touriste se décide enfin à demander sa route…

Et nous n’attendons que ça, car pour les Festayres, le « challenge » le plus prisé consiste à renseigner nos chers touristes égarés, en prenant bien soin de les faire tourner le plus longtemps possible en plein cœur des Fêtes.

Il n’est donc pas rare de voir passer et repasser une énorme caravane tractée par un « Bob jaune », de la rue Pannecau, à la rue Poissonnerie, à la rue Pontrique etc…

Le spectacle atteint son paroxysme lors du passage des ponts, le touriste ravi d’avoir enfin une vue plus dégagée, et nous de parier sur le pont de son prochain passage.

La solution ? Le commissariat est installé rue Jacques Laffitte, il suffit à notre cher touriste d’aller s’y renseigner, c’est très juste… à ceci près qu’il lui faut d’abord le trouver, et même s’il y parvient, il n’est pas sûr d’être mieux renseigné car… certains policiers se prêtent malicieusement au jeu, si, si, j’en connais.

Mais les meilleurs sont quand même les « Bob jaunes » arrivant de nuit…

Des spectateurs parfois (très) actifs

Seuls quelques riverains accrochés à leur balcon subissent d’un air dépité la quantité discontinue des décibels ambiants, semblent peu goûter cette fameuse période de 6 jours, ou ils se jurent chaque année que l’année prochaine on ne les y prendra plus.

D’autres sont plus « subtils », accoudés à leur fenêtre, ils tentent de repérer le fils ou la fille de tel ou tel qui aurait un comportement disons inapproprié à leurs yeux.

Bien entendu le rapport sera fait dès le lendemain sous la forme d’un traditionnel « J’ai vu ton fils hier… hébé… je préfère ne rien dire parce que je ne veux pas me fâcher… », avant de s’éclipser, laissant son interlocuteur rongé par la suspicion et imaginant le pire…

Et les vaches dans tout ça ?

Il est 12h15, nous sommes postés à l’angle du quai Galuperie et de la rue des Tonneliers, l’encierro a quelques minutes de retard, mais les voilà !

Les vaches déboulent sur le quai, l’œil vif et le sabot léger, elles cheminent au trot, les téméraires dont nous sommes les précèdent, non sans jeter un coup d’œil furtif sur nos arrières.

Nous voici rue Pontrique, nous tournons prestement rue du Trinquet pour entamer la dernière ligne droite vers la place Saint André, mais là les choses s’emballent, les vaches aussi, elles sont visiblement plus pressées que nous d’en finir !

Effet immédiat, nous voilà tous tels des berniques collés aux murs, priant pour qu’une des belles qui nous rasent à grande vitesse n’ait pas l’idée de nous jouer un tour, ou plus précisément de nous en faire faire un grand !

Les voici arrivées dans l’arène improvisée et tous les Festayres s’égayent sur leur chemin.

Photo Daniel Velez (Photographe)

Une évasion finalement peu exceptionnelle

Plus tard dans l’après-midi, arrivant place du Réduit nous voyons l’une d’entre-elles qui arrive comme un TGV et s’engage sur le Pont Saint Esprit, elle s’est échappée !

À notre tour de lui courir derrière, tout va très vite, j’en perd mon béret !

Arrivés côté Saint Esprit, elle traverse la place, se dirige tout droit et s’engouffre rue de la Cabotte avant de grimper prestement les marches qui la mènent jusqu’au Rail Bayonnais, ou elles sera enfin appréhendée.

Quel épisode, une vraie « Bayonnade »

Photo Daniel Velez (Photographe)

La collation de rois de Bayonne

De retour sur le carreau des Halles, nous allons déguster l’un de nos mets favoris, j’ai nommé le succulent sandwich à l’omette aux piments du pays, tenant compte que selon la norme en vigueur, sa taille minimale est d’une demi baguette souvent encore chaude…

Il n’y a pas d’heure pour le déguster, une fois les bars fermés plus ou moins aux horaires légaux, d’autres ouvrent, comme autour des Halles, et quasiment tous font l’effort de nous préparer à la demande cette « petite » collation, un vrai bonheur.    

Omelette piments

Nous sommes déjà lundi, nous n’avons pas vu les jours et les nuits passer, ce soir la cérémonie de clôture va nous renvoyer à notre mélancolie.

La douce brise d’été est toujours là, mais elle ressemble déjà à un souffle automnal répandant une multitude de feuilles dans nos rues Bayonnaises…

Nous aurons mangé, bu, chanté, ri, fait des rencontres, joué, couru devant et derrière les vaches, fait des blagues, bref nous aurons été Bayonnais comme nos anciens et nous l’avons toujours été dans l’âme.

Il est désormais temps de préparer la semaine stratégique de l’été prochain…  

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Riton un commercial hors compétition !

Quelque peu refroidi par son palmarès d’exploits mémorables sur le carreau des Halles Bayonnaises (voir articles dédiés 1 2 3 4), et surtout ne trouvant plus un seul employeur susceptible de faire appel à ses innombrables talents, notre Riton disparut purement et simplement de la circulation.

Un midi en passant devant « Le Clou », quelle ne fût pas ma surprise d’apercevoir le lascar en train d’échanger avec des clients de l’établissement, le verbe tout aussi haut que son menton.

Retrouvailles

Content de le voir, je m’empresse d’aller lui serrer la main…

« Alors Riton qu’est-ce que tu deviens ? On te croyait parti sous les tropiques ! »

« Oh tu sais, les Halles ne me correspondaient plus, non pas une question de standing, mais tout de même… »

« Ok merci ça fait toujours plaisir, mais qu’est-ce que tu deviens ? »

« Bon je te file l’info, mais tu la garde pour toi ok, c’est très confidentiel, et je veux être le seul à annoncer l’évènement… »

« Ok comptes sur moi, et alors… ? »

« Je suis en train de suivre une formation de haut niveau pour devenir responsable commercial dans les assurances, rien que ça ! »

« C’est génial, mais comment tu as fait avec juste ton BEPC ? »

« Oh c’est simple, j’ai rencontré mon directeur, un peu de bagout, quelques coups d’esbrouffe, et sans doute a-t-il aussi remarqué une certaine prestance… »

« Ah ouais, je ne savais pas que la modestie était une qualité requise pour devenir responsable dans ce métier ! »

« Bon c’est pas tout, j’ai à faire moi ! À bientôt ! » De nos jours on appelle ça « un vent ».

Les semaines qui suivirent furent marquées par l’absence totale de Riton dans les « Chapelles » du Petit Bayonne, chose d’autant plus étonnante que celui-ci est friand d’une certaine boisson anisée…

Le retour…

Un beau matin, mon collègue Gilbert et moi virent arriver sur le pont Marengo une silhouette qui de loin ressemblait plus à un dandy façon old school, qu’à l’ancien ripeur des Halles que nous connaissions.

Plus il s’approchait, plus nous avions l’impression que notre Riton n’était pas devenu simple « responsable commercial », mais plutôt PDG !

Il ne lui manquait que la canne en acajou avec pommeau d’argent, mais il n’y avait sans doute pas encore pensé, sinon…

« Alors les gars, toujours dans vos cageots ? » nous lança-t-il d’un air aussi hautin que malicieux.

« Comme tu vois, mais toi ? Ça y est tu as commencé ? » Curieux que nous étions face à ce Lord capable de faire pâlir James Bond lui-même.

« Depuis ce matin, je suis officiellement représentant exclusif de la compagnie, ce qui veut dire costards pour la classe, plus de xoxas à la fin du mois, et surtout pas de patron derrière pour me surveiller, voyez ce que j’veux dire ? »

« Euh pas vraiment mais tu va nous expliquer tout ça… »

« Sans doute oui, mais pas aujourd’hui, je suis très pris, allez… salut les gars »

Le regard de Gilbert croisa le mien juste avant que nous n’éclations tous les deux dans un fou rire difficile à réprimer.

Je vous dis de suite, ce n’est pas Riton 😉

Quelque temps après…

Quelque temps après, je croise notre dandy en train de siroter un anis dans une chapelle du Petit Bayonne plus connue alors sous le nom de « La Cueva ».

Lorsqu’il me vit, il m’invita à me joindre à lui.

« Dis-moi tu n’as pas l’air très en forme Riton, tout va bien ? »

« Ben… c’est-à-dire que malgré mes atouts, les clients ne sont pas faciles à convaincre, et puis tu sais, le porte à porte c’est pas gagné aucun client ne m’a encore laissé entrer, du coup heureusement que j’ai mon fixe sinon… »

« Tu peux pas te faire aider par quelqu’un de la compagnie ? »

« Ah ça non alors ! Je vais pas me rabaisser à quémander un quelconque soutien ! Bon il faut que je te laisse, j’ai à faire »

Environ 2 mois passent et je vois arriver mon Riton aux Halles…

« Je peux te parler ? »

« Oui qu’est-ce qu’il se passe ? »

« Suis-moi ne restons pas là, les murs ont des oreilles… »

Il m’emmène jusqu’au bord de la Nive au niveau du Stock Américain, jugeant sans doute l’endroit plus propice aux confidences.

« J’ai de gros gros emm.rdes avec ma banque, y me disent que je suis à découvert et qu’ils vont me virer !!! tu vois le tableau ? Me virer à moi… la banque ! »

« Mais tu travailles, tu as un salaire, qu’est-ce qui cloche ? »

« Comprend pas, la compagnie me verse mon salaire fixe depuis 3 mois, j’ai pas plus que le fixe parce que ces @!ù$* de clients ne comprennent rien à rien ! De véritables bourrins, du coup je vend pas, du coup pas de xoxas en plus »

« Tu es bien sûr qu’il n’y a pas d’erreur ? Que la compagnie a tes bonnes coordonnées bancaires ? »

« Si j’en suis sûr ? Tiens regarde j’ai même les reçus dans mon cartable ! »

Hallucinant !

Il me tendit les 3 « reçus »… et là… je n’en crut pas mes yeux en découvrant que les fameux « reçus » de la compagnie étaient en réalité les chèques de salaire de notre Riton !!!  !

Persuadé qu’il s’agissait uniquement de reçus, il les conservait précieusement comme éventuels justificatifs en cas d’un tout aussi éventuel contrôle fiscal… Précaution élémentaire due à son nouveau statut social.

« Riton, tu sais que tes reçus sont en réalité des chèques et que tu dois les déposer à la banque afin de créditer ton compte, là en fait, tu as entre les mains tes 3 mois de salaire, je comprends mieux la réaction de ton banquier ! »

« Quoi ??? Tu es sûr de ça ??? Pourquoi y m’ont rien dit ??? Bon… j’y vais j’ai à faire !!! »

« Oui à faire et surtout à faire vite ! »

Riton repassa me voir une heure après pour me remercier tout en m’expliquant que ça s’était arrangé, et qu’on ne l’y reprendrait plus !

Un « Reçu » de Riton !
Précision

Il est vrai que fin des années 70 beaucoup de Bayonnais (notamment) n’avaient pas de chéquier, ni même de compte bancaire, ce qui peut expliquer la bévue de notre inimitable Riton.

Y veut aussi me virer !

Une semaine après, notre commercial de haut vol débarque au café du midi, on remarque tout de suite qu’il a quelque peu perdu de sa superbe, le menton moins haut, la cravate de travers, mais l’œil toujours aussi vif…

« Après le banquier la semaine dernière, maintenant c’est le patron qui menace de me virer ! »

« Faut dire que de ce point de vue tu as une certaine expérience non ? » lui dis-je en souriant.

« Ouais mais là, moi aussi j’en ai marre ! Hier en faisant ma tournée de porte à porte à Saint Esprit, je « tire une sonnette », la femme m’ouvre avec un grand sourire, son mari derrière elle idem, et à ma grande surprise ils me font entrer… »

« Et alors, c’est bon pour toi ça non ? »

« Euh… ouais… ouais, je leur ai fait mon speech, ils continuaient à sourire contrairement à tous les autres avant eux, là… je me suis méfié… »

Et alors ?

« Alors ? C’étaient des « Témoins de Jéhovah » et non seulement ils m’ont rien acheté, mais en plus ils ont réussi à me fourguer un de leurs bouquins !!! Je suis sorti de là écœuré de la vente, parole ! »

« Ah ouais, effectivement, peut-être qu’il faudrait utiliser tes compétences ailleurs, je sais pas moi… aux Halles ? »

Cette dernière phrase fit bondir Riton qui détalla aussi sec, sans doute hautement vexé par ma suggestion.

Ainsi s’arrêta net la carrière commerciale de notre Riton favori, 2 semaines plus tard il était de retour aux Halles embauché par un grossiste d’Agen qui n’avait pas encore eu vent de sa réputation, mais ça c’est une autre histoire…

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Attention pépite… Film de Bayonne en 1937 !

Découvrez ici une véritable pépite de notre chère cité dénichée par mon ami Luzien Daniel ARBISA que je remercie vivement pour cette fantastique trouvaille !

On peut y voir le pont St Esprit sur lequel on aperçoit quelques piétons mais aussi un homme à cheval.

Le deuxième plan est pris depuis la place du Réduit, face à la « Belle Jardinière » de l’époque qui était située à l’entrée de la rue Bourgneuf.

Sur cette même prise de vue, on voit clairement le pont Mayou avec en arrière-plan les premières Halles Centrales, et si vous regardez bien vous verrez même une voiture d’époque traversant le pont ainsi qu’un fourgon devant l’actuel « Victor-Hugo ».

Le Port…

Sur la prise suivante, on y voit clairement un grand bateau à vapeur à hauteur du quai de Lesseps, avec la Citadelle en arrière-plan.

Viennent ensuite les grues légères prêtes à décharger les bateaux, installées au niveau de l’ancienne Place d’Armes, juste derrière la Mairie.

N’oublions pas qu’il n’y a pas si longtemps les bateaux de commerce remontaient quasiment jusqu’au pont Mayou, de nombreuses photos en montrent amarrés à hauteur de la Mairie par exemple.

Pour en revenir à la vidéo, ce qui semble être un voilier de plaisance, mais je n’en suis pas certain, car c’est plutôt inattendu à cette époque apparait sur l’Adour.

Le film s’achève sur les imposantes et lourdes grues situées en aval rive droite, en train de décharger un cargo.

Bref, il s’agit bien d’une véritable pépite, qui nous donne une petite idée de la vie Bayonnaise d’antan.

Encore merci

Encore merci à Daniel, et puis… si vous avez besoin d’un dépanneur/formateur informatique compétent, n’hésitez pas à faire appel à lui !

Voici donc Bayonne en… 1937 !

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Bayonne un pugilat bimensuel !

Dans les années de mon enfance (et de mon adolescence), et plus précisément rue Bourgneuf ou j’ai grandi, un phénomène survenait de façon récurrente tous les 15 jours, laissez-moi vous raconter ça…

En fait l’objet du tourment était un panneau de signalisation, qui était à la paix sociale Bayonnaise ce que le zèbre est aux arts équestres !

Il était à l’origine non seulement de la phrase la plus prononcée qui était : « M….., je dois bouger la bagnole ! », mais aussi d’une zizanie sans nom, le voici…

Les prémices de la soirée…

M. Etcheverry un voisin rompu à l’exercice, avait pour habitude de se poster à sa fenêtre vers 20h tous les quinze jours, non sans arborer un sourire de délectation, rien qu’à la perspective des animations quasi garanties de la soirée à venir…

Mais pourquoi donc ?

Tout simplement parce que ce fameux panneau obligeait les automobilistes stationnés d’un côté de la rue à se garer de l’autre côté tous les quinze jours.

Mais il y avait un hic, et pas n’importe lequel, la date était clairement identifiée, mais… pas l’heure…

Si l’on s’en tenait stricto sensu à la législation en vigueur, il fallait descendre à minuit pour changer sa voiture de côté, ce qui vous l’imaginez, était peu envisageable, et surtout pas du tout envisagé par les riverains…

Et alors ?

Débutait alors une sorte d’anarchie, chacun y allant de son horaire, les anxieux souhaitant ne pas être « en retard » changeaient de côté vers 19h, voire encore plus tôt, si… si… ça s’est vu.

D’autres moins traumatisés par les obligations légales le faisaient quand ils y pensaient, à 23h voire plus tard, enfin les plus récalcitrants ne bougeaient leur voiture que pour partir travailler… le lendemain !

Résultat ?

Comme vous l’imaginez, plus la soirée avançait, plus la rue prenait des faux airs de parcours d’obstacles, les automobilistes devant zigzaguer entre les voitures garées.

Mais… parce qu’il y a un « mais », certains plus malins que les autres souhaitant se garer sans s’embarrasser, n’hésitaient pas à se garer du « bon côté » alors même qu’une voiture était encore garée du « mauvais », c’est à dire côte à côte !

Pratique qui, vous l’imaginez, créait immédiatement un blocage total de la circulation !

Conséquences…

Et c’est en fait là que cela devenait « intéressant » si j’ose dire, car nous pouvions dès lors profiter d’une palette très variée de réactions, allant du timide coup de klaxon, au signal plus affirmé et répétitif, jusqu’au virtuose maitrisant son outil et capable d’interpréter une toccata aussi fougueuse que féroce !

Sûrs de leur bon droit, ces derniers s’en donnaient à cœur joie, et bien entendu, qu’il soit 21h ou… 2 heures du matin, l’important pour eux étant de passer, et ce quoi qu’il en coute… !

Inutile de préciser que les riverains (dont je faisais partie) goutaient très moyennement ces pratiques cavalières, il était d’ailleurs très fréquent qu’une insulte aussi colorée qu’affirmée fuse depuis une fenêtre.

Ce qui attisait d’autant la morgue pour ne pas dire l’audace des « pilotes » qui dès lors, passaient systématiquement un cran au-dessus !

Jusqu’au pugilat !

Du coup, il n’était pas rare que l’un des riverains descende directement en découdre avec les plus insistants, s’ensuivait alors une pluie d’insultes pouvant aller jusqu’au pugilat !

Ce qui bien entendu ne résolvait en rien le problème.

Certains des habitants de la rue (que je ne nommerais pas), rompus à l’exercice affichaient d’ailleurs un palmarès du calibre d’une gloire de boxe anglaise.

Ce qui somme toute n’était pas anormal, entrainés qu’ils étaient… tous les 15 jours !

Une variante consistait à demander main forte à quelques costauds friands des chapelles (bars) de la rue, pour riper à la main telle ou telle voiture sur le côté voire sur le trottoir, là encore, ceci avait pour conséquence d’énerver passablement le voisin qui de sa fenêtre découvrait le spectacle, surtout lorsqu’il s’agissait de… sa voiture !

En conclusion

Comme vous pouvez le constater; à l’époque les litiges du quotidien étaient traités « en local » et en direct, personne n’appelait la police ou contactait la Mairie, 2 fois par mois tout se réglait avec autant de célérité que d’efficacité.

Vous qui le découvrez, ou qui vous en souvenez en lisant cet article, croyez bien que l’ambiance à Bayonne n’était pas réservée à la période des Fêtes, oh que non, loin de là !

Mais cela aussi faisait partie des charmes éternels de notre chère cité…

Vous venez de lire “Bayonne un pugilat bimensuel !”

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Le toit des Halles s’est effondré !

La guerre touche à sa fin, et l’espoir semble renaître dans l’esprit des commerçants des Halles.

De fait les contraintes supplémentaires imposées par l’occupant viennent a peine d’être levées, comme par exemple l’obligation de tirer les charrettes en bois, le simple fait de pousser sa charrette étant considéré comme un acte potentiellement terroriste…

Hiver 44-45

En ce rude hiver 1944-1945 ou le couvre-feu n’est plus en vigueur depuis peu, la vie n’est pas simple sur le carreau des Halles, mais l’espoir est en train de revenir, lorsqu’un nouveau coup du sort frappe les commerçants

C’est en arrivant sur place tôt le matin, qu’ils s’aperçoivent avec stupeur que le toit des Halles s’est effondré ! Au-delà de la surprise, ils comprennent immédiatement qu’ils vont devoir faire face à une nouvelle épreuve.

La situation étant extrêmement difficile depuis plusieurs années, il va falloir désormais reconstruire, non seulement le toit des Halles, mais également un moral qui n’en finit plus d’être sapé par les évènements.

Structure « temporaire » de 1945 à 1962 (Anciennes Halles)

Après des années de restrictions, de couvre-feu, de tickets de rationnement, de patrouilles nazies dans les rues Bayonnaises, de déportation de maris, pères, frères, voici que Mère Nature s’en mêle.

Mais c’est une fois de plus avec un remarquable courage que nos anciens se sont organisés, ont fait face à l’adversité et bravé les éléments de ce terrible hiver, pour continuer à assurer tant bien que mal leur maigre gagne-pain.

Construction du Marché-Parking

Après plus de 15 ans de « structure temporaire », Henri Grenet alors Maire de Bayonne, décide de construire de nouvelles Halles plus adaptées, prévoyant surtout de nombreuses places de parking, comme le réclamaient les Bayonnais.

Bravo à toutes et tous pour ces leçons de courage en cette époque si trouble.

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