Anciennes Halles Les 2 gardiens du « Temple »

Saviez-vous que les Halles de Bayonne qui ont précédé celles d’aujourd’hui, disposaient d’un poste de police ainsi que de toilettes publiques ?

Ces deux endroits étaient confiés à deux personnages incontournables qui, pour ceux qui les ont connus, se définissaient comme les garants zélés d’un ordre et d’une propreté ne souffrant aucune incartade…

Honneur aux dames

Honneur aux dames, nous allons donc commencer par ces toilettes publiques, situées à (l’ancien) angle donnant sur le bar François et la jardinerie Forsans.

Le lieu se résumait à un couloir avec sur sa partie gauche 4 ou 5 portes d’accès aux toilettes, juste en face se trouvait une table derrière laquelle trônait la « tenancière » des lieux.

Dès l’arrivée et au premier regard, il était clairement convenu qu’elle ne tolèrerait aucun « dérapage », ce qui, soit dit en passant permettait de disposer de lieux d’aisance sans doute plus nets que certains que l’on rencontre de nos jours.

Mais ce n’est pas tout ! Mme Denise (si je me souviens bien) avait en quelque sorte doublé son dispositif, elle avait prévu un « Plan B », juste au cas où…

En effet, une fois que l’on avait investi les lieux, on découvrait une affichette apposée sur l’intérieur de la porte, il y était écrit ceci : « Ch… dur, ch… mou, mais ch… dans le trou ! »

Ah… poésie quand tu nous tiens !

Quoi qu’il en soit, l’ensemble du dispositif était conçu de telle sorte à éviter tout quiproquo, ce que tout le monde avait d’ailleurs bien compris dès l’arrivée !

Marché Parking dans les années 1960

Le minuscule poste de police quant à lui, était confié à la haute bienveillance de notre Brigadier favori (rouler les R) portant le doux patronyme de « Poublanc ».

Assez grand et corpulent, parfois conciliant, souvent autoritaire, il prenait très au sérieux la lourde tâche dont on l’avait investi, à savoir faire régner l’ordre et la discipline dans et autour de ces Halles, qui tenaient plus d’une fourmilière que d’un couvent de bénédictines.

Il lui arrivait de se mettre en colère, tout particulièrement lorsqu’un automobiliste ne marquait pas le stop juste devant ses yeux (ce qui arrivait environ toutes les deux minutes, tenant compte qu’avec la foule on ne voyait même pas le panneau)

Très réactif au moindre contrevenant

Là un coup de sifflet strident couvrait le kilomètre carré alentour, et réveillant sans doute au passage la moitié de la population bayonnaise.

Le « chauffard » immédiatement interpellé, notre brigadier s’approchait lentement de la portière, sans doute pour ajouter un soupçon de dramaturgie à la situation, puis prenait une posture altière à la hauteur de ses fonctions.

L’échange pouvait durer… durer, même si la file de voiture, fourgons et camions s’allongeait jusqu’à la Mairie (j’exagère à peine), ce qui était important c’est que le dangereux contrevenant comprenne bien qui était le patron en ces lieux, et surtout qu’il ne se fasse pas reprendre sous peine de s’attirer à nouveau les foudres de notre représentant de l’Ordre.

Bas de la rampe de sortie du parking côté “Droguerie Laplace”

Après avoir stoppé quelques contrevenants, il avait pour habitude de « regarder ailleurs » avant de se déplacer en un endroit moins « sensible », sans doute histoire d’en garder un peu pour le lendemain.

Je le vois encore trônant en haut de escaliers des Halles, endroit lui donnant une visibilité sans faille, mais également où nous le voyions tous, droit, le menton haut, l’air impitoyable, il nous apparaissait tel César ayant troqué sa couronne de lauriers contre un képi.

La prévention avant tout !

Je tiens à préciser que durant toutes les années où j’ai connu M. Poublanc, je ne l’ai jamais vu adresser la moindre contravention, tout se réglant verbalement.

Mais sous les airs qu’il se donnait, il s’agissait en réalité d’un brave homme.

Alors oui… l’ancienne devise des Halles de Bayonne aurait pu être : Ordinem et munditiae (Ordre et propreté)

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Halles VS grande distribution

1963 dans les Halles de Bayonne…

« Il parait qu’ils vont construire un grand magasin en bas de Beyris… »

« Tu parles ! Ce n’est pas possible, là-bas il n’y a jamais eu que des marécages et des grenouilles ! »

1965…

« J’ai même entendu dire que les clients feront leurs courses avec de grands chariots dans lesquels ils mettrons tous leurs achats »

« Franchement j’imagine mal nos clientes se trimballer dans un magasin en poussant un chariot, c’est du délire, tu vois le tableau ! »

« Mais je te dis que oui, il parait même qu’ils trouveront tout dans le même magasin, nourriture, vêtements, livres, droguerie etc… »

« Non mais tu imagines la taille du truc ? Je te dis que c’est impossible, aucun inquiétude à avoir »

1967…

« Tu vois je te l’avais bien dit ! Et en plus ce n’est pas un, mais deux qu’ils en ont ouvert ! « L’Épargne » et le « Carrefour BAB ». En quelques semaines j’ai déjà perdu la moitié de ma clientèle ! Qu’est-ce qu’on va devenir ? »

« Écoute, hier j’y suis allé hier pour voir à quoi cela ressemblait, j’y ai croisé plusieurs de mes clientes, je pense qu’elles y vont pour se donner un genre, pour « faire bien », certaines étaient même « endimanchées » façon « j’entre en ville », mais à mon avis elles vont vite déchanter et revenir au bercail, aucune inquiétude »

1969…

« Je n’y crois pas, ils vendent les fruits moins cher que je les achète chez les grossistes, comment va-t-on pouvoir lutter contre ça, c’est très inquiétant ça va mal finir ! »

« C’est vrai, mais tu sais à force de vendre à perte, parce qu’ils vendent à perte j’en suis certain, ils vont finir par se planter, il nous suffit d’attendre et de compter les points, je te dis qu’il n’y a pas d’inquiétude à avoir, le temps joue pour nous… »

Années 70…

La fréquentation des Halles de Bayonne a déjà fortement chuté, il y a déjà longtemps que le parking au-dessus des Halles ne fait plus le plein, sauf peut-être encore le samedi… parfois…

Les commerçants comprennent qu’ils ne vont pouvoir faire face longtemps, la plupart ayant un certain âge parlent déjà de retraite, d’arrêter l’activité, les plus jeunes parlent de reconversion, de trouver un emploi salarié, bref le moral est au plus bas.

1er Carrefour à Anglet début des années 70

Début des années 80…

Le scénario envisagé par beaucoup est malheureusement arrivé, les Halles de Bayonne ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes, la grande distribution a eu raison d’elles, et désormais plus rien n’enrayera le processus.

Les grossistes disparaissent également, emportant de fait les nombreux emplois qu’ils avaient générés durant de nombreuses décennies.

Pour la petite histoire…

L’Épargne (Casino) et Carrefour (BAB (le premier) voir photo) s’installent dans la seconde partie des années 60, là où se trouvait quelques années auparavant une vaste zone marécageuse.

Cette dernière ayant été remblayée notamment par le sable de la dune de Blancpignon.

Une partie de la dune avait déjà été utilisée quelques années avant pour l’édification d’une zone industrielle regroupant la Manufacture d’Armes de Bayonne, l’usine Michelet, quelques entreprises commerciales ainsi que des unités de production.

Épilogue…

Une mutation commerciale sans précédent a donc littéralement et subitement vidé le centre de Bayonne en général et les Halles en particulier de leur attractivité, voire de leur substance.

Il est en effet indiscutable que l’arrivée des supermarchés avec leur concept du « tout sous le même toit » ainsi que la définition initiale de la grande distribution : nombreuses places de stationnement, spectacle permanent, bas prix… combinée au regroupement du commerce de gros au Forum en 1973 ont sonné le glas de la grande époque des Halles de Bayonne

Synthèse :

On peut donc considérer aujourd’hui que les Halles de Bayonne ont « juste » succombé à un concept et une définition…

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Création de l’Association Les Bayonnades !

C’est fait !

Vous êtes aujourd’hui plus de 2500 dans 58 pays à être abonnés aux Bayonnades, c’est la raison pour laquelle nous avons décidé de créer l’Association« Les Bayonnades » !

Son objectif ?

Très simple : Recueillir et partager tout ce qui constitue notre patrimoine commun, photos, films, documents et témoignages sur notre chère ville.

Comment ?

Recueil de documents :

De nombreuses familles Bayonnaises ont dans des cartons souvent stockés dans des greniers, des cassettes vidéo, films Super 8, photos ayant trait au Bayonne d’antan.

Ces documents représentent de véritables « pépites » pour les plus jeunes, si nous leurs communiquons, ils partageront ainsi notre patrimoine bayonnais qui est aussi le leur…

Si vous aussi avez chez vous des « pépites » bayonnaises, nous les numérisons gratuitement, et vous rendons l’original ainsi qu’une copie numérique en échange de votre autorisation de diffusion sur le site « Les Bayonnades ».

Recueil de témoignages :

De nombreuses histoires et anecdotes sont encore bien vivaces dans nos mémoires d’anciens de Bayonne.

Malheureusement tous ces souvenirs disparaitront avec nous, et plus personne ne sera là pour les transmettre aux nouvelles générations.

Si vous aussi avez des souvenirs sur le Bayonne d’antan, nous vous proposons de nous rencontrer et d’enregistrer votre témoignage, celui-ci sera alors diffusé (avec votre autorisation) sur le site www.bayonnades.fr afin que tous les amoureux de notre ville puissent profiter de vos souvenirs.

Internet est aussi fait pour ça !

Membres fondateurs
Les membres fondateurs de l’Association “Les Bayonnades”

Et vous ?

Si vous détenez (ou connaissez quelqu’un qui détient) l’une ou plusieurs de ces « pépites bayonnaises », et que vous souhaitez apporter votre pierre à l’édifice, n’hésitez pas à nous contacter.

Si ce n’est déjà fait abonnez-vous sur le site « www.bayonnades.fr » et recevez très bientôt de nouvelles informations sur l’Association (Loi 1901 à but non lucratif) et comment nous rejoindre en devenant “Amis” des Bayonnades !

Un grand MERCI par avance à toutes et tous !

Chez nous ? On s’en sert d’appât !

Les soirs de marée montante en été, Roland un ami et moi-même allions régulièrement pêcher sur le pont St Esprit.

Équipés chacun de deux cannes nous faisions parfois un véritable carton, parfois nous rentrions carrément bredouilles, mais nous passions toujours un bon moment.

Mais un soir ce fut un peu « spécial », laissez-moi vous raconter ça…

Il est environ 23h, il n’y a presque plus de circulation sur le pont, les réverbères nous éclairent suffisamment pour poursuivre notre partie de pêche, qui est pour l’instant des plus fructueuses.

En effet pas moins d’une quinzaine de pigates (truites de mer) et de louviates (petits bars) d’environ 600 à 800 grammes chacun, emplissent notre besace.

Quelques louviates
Quelques louviates

Cela fait environ deux heures que nous sommes là, et avons déjà dû répondre au moins une cinquantaine de fois aux passants posant l’inévitable question dans toutes ses variantes « Alors…ça mord ?», « Ça pique ? », « Ça donne ?», « Y’en a ? », « Ca picore ? » ou encore le surprenant « Ca suce ? »…

Alors ça pique ?

Inutile de préciser qu’à force cela devient, comment dire… irritant, voilà c’est le mot !

Notre pêche étant « faite » et nous très satisfaits, l’heure est désormais à la détente, il ne nous manque plus que le bon « client » pour nous payer une bonne tranche de rigolade.

Un bon client

Il est 23h lorsqu’un passant d’un ” style nouveau” approche d’une démarche chaloupée, il nous dépasse non sans jeter un coup d’œil furtif sur la besace fermée, puis revient sur ses pas et s’adresse à nous…

« Bonsoir messieurs, vous êtes d’ici ? »

« Oui bien sûr, pas vous ? »

« Oh non, je viens de Savoie »

« En vacances ? »

« Non, travail, je suis représentant itinérant en pièce détachées automobiles, je suis sur le secteur pour 2 ou 3 jours »

« Ah OK… »

Dès cet instant nous comprenons que notre « bon client » est en face de nous !

Et ce qui devait arriver, arriva… « Alors ça mord ? »

« Oh si peu… c’est très calme en ce moment… »

« Je peux regarder ? »

« Oui bien sûr »

« Waouh !!! Mais c’est magnifique ! J’y crois pas ! Et vous avez attrapé tout ça ce soir ? »

« N’exagérons rien, il n’y a pas grand-chose, et ça fait tout de même déjà 2 heures qu’on est là »

« 2 heures ? C’est vraiment pas grand-chose ! Écoutez les gars, je suis moi-même pêcheur dans ma région, en fait j’adore ça et il m’arrive souvent d’y passer toute la journée, et parfois pour rien ! Alors que là…»

« Oh vous savez, cela doit être la première fois que l’on passe autant de temps pour si peu… , c’est très calme en ce moment, sans doute la lune… »

« Quoi ??? Mais vous en vivez ou quoi ? »

« Pas du tout, la pêche c’est juste un passe-temps pour nous »

« Je n’en reviens pas ! Et après… vous les vendez ? »

« Vendre quoi ? »

« Ben… tous ces poissons ! »

« Ah non, après on va pêcher sérieusement depuis la plage, et ceux-là chez nous on s’en sert d’appât »

Vraiment un bon client

Notre représentant semble frôler l’infarctus, puis nous regarde les yeux écarquillés…

« Vous vous en servez d’appât ??? »

« Oui bien sûr, mais pas entiers on les coupe en deux, on les économise… »

« C’est pas vrai !!! Mais vous attrapez quoi avec ??? »

« Houlà… plus gros… bien plus gros… mais on peut pas dire…»

En entendant ça le pauvre garçon manque encore de s’étouffer, avant de rester comme figé, pensif…

Il faut préciser que notre pêche presque miraculeuse du soir nous confère une certaine crédibilité que nous avons décidé d’exploiter à fond.

Ce n’est que quelques minutes plus tard qu’il revient à la charge.

« Perso ma plus grosse prise c’est un brochet de plus d’un mètre, c’est énorme tout de même non les gars ? »

« Ouais…pas mal… »

« Pas mal… plus d’un mètre… vous trouvez ça… pas mal ??? »

« La seule différence pour nous c’est que, comme appât, au lieu de le couper en 2 on l’aurait coupé en 4 ! »

Représentant ahuri
Notre “client” ahuri par ce qu’il entend !

Là, un peu plus et on appelait le SAMU, et j’exagère à peine, notre représentant était presque en état de choc répétant « Comme appât… en 4… ils l’auraient coupé en 4… »

J’avoue que pendant toute la durée de ce véritable sketch, le plus difficile a été de garder notre sérieux.

Allez, on se voit demain !

Lorsqu’il finit par reprendre quelque peu ses esprits, il nous demanda…

« Et vous êtes là demain soir ? »

« Non, demain on va pêcher la sole »

“Des soles ? Parce que vous vous en servez d’appât aussi ?”

“Non pas du tout, pourquoi vous dites ça ?”

« Et je peux vous rejoindre les gars ? »

« Oui bien sûr… »

On lui donna rendez-vous vers le soufre le lendemain à 22h, et là…

Mais ça c’est une autre histoire que je vous raconterais bientôt… 😉

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Des cèpes à Bayonne ? Oh que oui !

Elle s’appelait Yvonne Lacaze, elle a consacré sa vie à sa famille et l’a passée aux Halles de Bayonne ou elle a commencé à travailler en 1922 à l’âge de 11 ans, elle y vendait des fruits et des légumes, mais aussi des cèpes lorsque la saison arrivait.

Jusqu’à l’âge de 70 ans, elle s’est levée entre 2h30 et 3h30 du matin, selon l’importance du marché du jour.

1971 : Yvonne Lacaze et sa sœur Marguerite Laricq (elle aussi commerçante aux halles)
1971 : Yvonne Lacaze et sa sœur Marguerite Laricq (elle aussi commerçante aux halles)

Très tôt le matin donc, été comme hiver, c’est couverte de sa pèlerine qu’elle arpentait les quais de son petit pas pressé, passant d’un grossiste à l’autre pour négocier tel ou tel lot de fruits et légumes, qu’elle et sa fille Francette s’empressaient de mettre en valeur sur leur étal sous les Halles.

En septembre, tous les matins elle avait pour habitude de scruter le journal Sud-Ouest, et ce qui l’intéressait tout particulièrement c’était l’apparition du mot « cèpes » dans la rubrique « les marchés de la région».

Dès lors que le mot magique apparaissait, Yvonne et sa fille Francette mettaient rapidement en place une véritable organisation, et le mot n’est pas exagéré.

Ayant leur stand aux Halles tous les matins, il ne restait donc que la nuit pour se rendre notamment à Bordeaux afin d’y acquérir de grosses quantités de cèpes, ces derniers étant revendus aux particuliers et aux restaurateurs dès leur retour à Bayonne.

C’est avec leur break « Simca Châtelaine »  que toutes deux accompagnées d’un mystérieux petit passager installé dans un couffin, quittaient Bayonne dès 10h du soir pour se rendre de nuit en voiture au marché des Capucins ou celui de Brienne, ou elles connaissaient tous les grossistes depuis de nombreuses années.

Simca Châtelaine
Simca Châtelaine

Une fois sélectionné, négocié âprement et chargé les plateaux de cèpes, elles rentraient au volant de leur Simca pleine à craquer du précieux chargement aux fragrances forestières. Avec toujours leur mystérieux petit passager dont le couffin était parfaitement calé entre les marchandises.

Je me souviens qu’avant de prendre la route, Yvonne avait pour habitude de se signer, redoutant par dessus tout qu’une catastrophe survienne en chemin.

L’autoroute n’existant pas à l’époque, c’est après environ 6h de route aller/retour sur la nationale 10 et une nuit blanche, qu’elles commençaient à installer les magnifiques bolets sur toute la longueur de leur étal.

Cette opération ne pouvait s’effectuer qu’une fois le contrôle effectué par le vétérinaire déplacé aux Halles pour l’occasion. Et pour l’avoir vu, ce dernier était capable de valider 100kgs de cèpes en quelques secondes…

Légende inutile n'est-ce pas ?
Légende inutile n’est-ce pas ?

Les restaurateurs arrivaient en premier, s’empressant d’acquérir le fameux sésame qui leur assurerait à coup sûr la satisfaction, pour ne pas dire la reconnaissance éternelle de leurs clients.

Puis arrivaient les clients habitués qui avaient été discrètement informés de la date du « jour J »

Enfin et comme par magie (les bruits courant vite dans le Bayonne d’antan), une foule d’amateurs avertis aux yeux émerveillés se ruait spontanément devant l’étal, juste le temps de satisfaire leurs yeux avant leurs papilles.

“Ils viennent d’où ?”, “c’est des cèpes ?…”, “moi j’vais me les chercher !”, “ils sont magnifiques, beaux, superbes !”, “c’est cher !”, Alua !” ou encore “Hil dou biable !” étaient les phrases les plus entendues sous les Halles chaque mois de septembre.

Durant la saison Yvonne et Francette reprenaient la route deux à trois fois par semaine, inutile de préciser que ce rythme pour le moins soutenu, leur laissait peu de temps pour prendre ne serait-ce qu’un peu de repos.

Mais grâce à elles, les Bayonnais (entre autres) n’ont jamais manqué de cèpes !

Elles ont travaillé toute leur vie aux Halles de Bayonne, en faisant preuve de courage et d’abnégation, je voulais juste leur rendre hommage ici.

Elles apparaissent toutes les deux sur la photo ci-dessous, ce cliché a été pris à l’extérieur des anciennes halles en été 1960.

Yvonne et Francette aux anciennes Halles. Été 1960
Yvonne et Francette aux anciennes Halles. Été 1960

 Pour la petite histoire, vous pouvez peut-être remarquer que Francette est enceinte, je suis né environ 3 mois plus tard… et le mystérieux petit passager dans son couffin c’était moi 😉

Le petit passager et sa maman aux Allées Paulmy deux ans après
Le petit passager et sa maman aux Allées Paulmy deux ans après

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Riton le livreur de choc !

En ce matin de juin 1978, le carreau des Halles a l’aspect d’une énorme fourmilière, et pour cause, nous sommes samedi c’est-à-dire jour de grand marché .

Sur les quais et sous les arceaux, les nombreux grossistes et leurs équipes de ripeurs s’affairent à finir de décharger les poids-lourds, ranger, négocier, trier, peser et recharger dans des véhicules plus légers les marchandises à livrer toujours dans l’urgence.

Parmi les ripeurs (Ouvriers spécialisés dans la manutention) se trouvaient quelques personnages d’exception, je vais vous raconter aujourd’hui l’un des plus hauts « faits d’armes »  de l’un d’entre eux, surnommé « Riton* »…

*Afin de ne pas nuire à sa réputation actuelle, j’ai volontairement dissimulé son vrai nom.

Il est environ 5h30…

Notre Riton s’emploie chez l’un des grossistes du Quai Galuperie, lorsque son patron lui demande de prendre une palette de tomates, de la charger dans le fourgon puis d’aller livrer le tout au Printafix de la rue Orbe.

Riton fort de son sens inné de l’organisation et de son souci de l’optimisation, juge qu’il aura bien plus vite fait d’aller livrer la palette de tomates (environ 350kgs) directement avec le transpalette…

Palettes de tomates
Palettes de tomates, notez qu’à l’époque les “cageots” étaient en bois.

Il estime donc parfaitement inutile de perdre du temps (et surtout de se fatiguer outre mesure…).

C’est au moment où son patron entre dans la chambre froide que notre Riton profite de cette brève « fenêtre de tir »  pour s’emparer du manche du transpalette et de son contenu sans se faire voir, puis commence à le tirer vers le pont Marengo (côté Musée Basque).

Transpalette pour ceux qui ne connaissent pas
Transpalette pour ceux qui ne connaissent pas

Bien entendu, l’ensemble étant trop lourd pour un seul homme aussi costaud soit-il, notre Riton nous fait un signe discret pour que nous lui donnions un coup de main.

J’avoue que même à trois, nous avons eu peine à parvenir en haut de la pente.

Une fois notre Riton et son attelage sur le pont, nous retournons rapidement finir de décharger le camion en cours sur le quai devant chez Yves Metge.

Une catastrophe annoncée

Nous n’avons pas le temps d’arriver qu’un fracas terrible suivi d’un impact nous cloue sur place !

Notre premier réflexe est de nous retourner pour voir si c’est le pont ou un immeuble qui s’est effondré, mais rien…

Ce n’est qu’une fois revenus au pas de course sur le pont Marengo que nous prenons conscience du préjudice, presqu’en même temps que… le patron de Riton alerté lui aussi par cet énorme fracas !

En bas du pont côté « Bazar Central », s’étend devant nous une véritable scène d’apocalypse.

Le transpalette lui a fini sa course encastré à 45° dans l’entrée du magasin , non sans avoir éjecté auparavant les 350kgs de tomates !

Le "Bazar Central" en bas du pont Marengo
Le “Bazar Central” en bas du pont Marengo

Comme vous vous en doutez ces dernières se sont, soit écrasées net (donc sans souffrance), soit ont roulé, ou sont encore en train de le faire sur un espace qui n’en finit pas de s’agrandir…

Mais où est passé Riton ?

Pas bien loin, en fait notre livreur de choc est assis sur les marches du pont, en train de tirer fiévreusement sur une « Gitane » contemplant d’un air hébété le spectaculaire épilogue de son coup de fainéantise.

Lorsque son patron furieux l’interroge sur la raison du carnage, il lui répond d’un air aussi détaché qu’innocent « comprend pas ce qui s’est passé, peut-être un trou sur le pont ! »

Préférant éviter toute échange qu’il n’est même pas sûr de remporter connaissant son lascar, le patron désespéré retourna au magasin tout et se demandant comment il allait bien pouvoir expliquer cette “bavure” à son assureur.

Tout le monde a mis la main à la pâte afin de récupérer le plus grand nombre de tomates possible, mais en pure perte car la circulation et l’agitation à cette heure sont trop intenses.

Vers 8 heures du matin, rien n’est encore nettoyé, le carreau des Halles a des faux airs de La Mongie en période de dégel…

Les voitures, fourgons et autres camions n’ayant eu d’autres choix que d’avancer, ont écrasé au passage une quantité phénoménale de tomates, à tel point qu’une épaisse trainée rouge recouvre la chaussée du bas du pont Marengo jusqu’au bout de la rue Port de Castets d’un côté, et jusqu’au pont Pannecau de l’autre.

Il va de soi que le tour des Halles a également bénéficié de cette piperade pour le moins inattendue.

De fait les crampons de 12 deviennent fortement préconisés pour les malheureuses mémés arrivées (trop) tôt faire leurs emplettes…

Pour l’anecdote, on ne sait pas comment elles sont arrivées là, mais on a même retrouvé des tomates sous les tables du bar « Chez Rémy »

Mais que s’est-il donc passé ?

Souvenez-vous, nous lui avons donné un coup de main pour monter sur le pont, et l’entraide de l’époque est telle que nous sommes certains qu’il y aura des âmes charitables pour l’aider de l’autre côté, dans la descente… mais pas là… pas ce jour-là….

Au lieu d’attendre un peu que quelqu’un arrive, notre Riton, sûr de sa technique parfaite et téméraire de nature, a légèrement sous estimé la poussée avant d’entamer sa descente en solo, enfin avec le transpalette et les 350kgs de tomates tout de même !!!

Ce qui devait arriver arriva, ne parvenant plus à contenir la cargaison, et voyant la situation lui échapper, notre Riton n’a eu d’autre alternative que de jouer les écarteurs, façon Michel Agruna… avec le résultat que l’on connait.

Inutile de vous préciser qu’avant d’aller voir son assureur, le patron de Riton a sans délai tiré les leçons de cette mémorable aventure en lui interdisant « à vie » de s’approcher à moins de 5 mètres de tout transpalette.

Il lui a en quelque sort retiré son permis (presque à point)

Il faut noter que Riton notre livreur de choc nous a fait connaitre d’autres grands moments, l’épisode de la palette de tomates ne constituant qu’un échantillon pour ne pas dire un concentré, car un jour il a fait mieux, bien mieux, mais ça c’est une autre histoire que je vous raconterais prochainement…

Autre anecdote :

Récemment lors d’un repas à la maison, lorsque je lui ai rappelé cet épisode peu glorieux, notre Riton m’a juré qu’il ne s’en souvenait pas, mais alors pas du tout, que j’avais du « rêver » ! Bonne foi quand tu nous tiens…

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Bayonnades Pack 7

« Escarougner »… « Churuper »… « Ne pas pouvoir le Chincher »… « Aller à la Souillarde »… « Un Mus de Porc » ou encore « Faire un Bitiop »…

Voici quelques-unes des expressions croustillantes de ce Pack 7 composé de 28 nouvelles Bayonnades !

Le Pack 7 des Bayonnades !

Régalez-vous, amusez-vous et n’oubliez pas de partager !

Pour votre information, afin de réaliser cette section, je me suis appuyé sur des textes anciens, et des archives datant du tout début du XXème siècle, documents auxquels j’ai rajouté les archives familiales ainsi que mes propres souvenirs d’enfant des halles et du Petit Bayonne. Je tiens à remercier également les centaines de personnes qui ont apporté leur contribution sur la page Facebook dédiée à l’histoire des Halles de Bayonne.

Ceci dit, je file vous préparer… le Pack N°8 !

D’ici là n’hésitez pas à partager !

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