Des cèpes à Bayonne ? Oh que oui !

Elle s’appelait Yvonne Lacaze, elle a consacré sa vie à sa famille et l’a passée aux Halles de Bayonne ou elle a commencé à travailler en 1922 à l’âge de 11 ans, elle y vendait des fruits et des légumes, mais aussi des cèpes lorsque la saison arrivait.

Jusqu’à l’âge de 70 ans, elle s’est levée entre 2h30 et 3h30 du matin, selon l’importance du marché du jour.

1971 : Yvonne Lacaze et sa sœur Marguerite Laricq (elle aussi commerçante aux halles)
1971 : Yvonne Lacaze et sa sœur Marguerite Laricq (elle aussi commerçante aux halles)

Très tôt le matin donc, été comme hiver, c’est couverte de sa pèlerine qu’elle arpentait les quais de son petit pas pressé, passant d’un grossiste à l’autre pour négocier tel ou tel lot de fruits et légumes, qu’elle et sa fille Francette s’empressaient de mettre en valeur sur leur étal sous les Halles.

En septembre, tous les matins elle avait pour habitude de scruter le journal Sud-Ouest, et ce qui l’intéressait tout particulièrement c’était l’apparition du mot « cèpes » dans la rubrique « les marchés de la région».

Dès lors que le mot magique apparaissait, Yvonne et sa fille Francette mettaient rapidement en place une véritable organisation, et le mot n’est pas exagéré.

Ayant leur stand aux Halles tous les matins, il ne restait donc que la nuit pour se rendre notamment à Bordeaux afin d’y acquérir de grosses quantités de cèpes, ces derniers étant revendus aux particuliers et aux restaurateurs dès leur retour à Bayonne.

C’est avec leur break « Simca Châtelaine »  que toutes deux accompagnées d’un mystérieux petit passager installé dans un couffin, quittaient Bayonne dès 10h du soir pour se rendre de nuit en voiture au marché des Capucins ou celui de Brienne, ou elles connaissaient tous les grossistes depuis de nombreuses années.

Simca Châtelaine
Simca Châtelaine

Une fois sélectionné, négocié âprement et chargé les plateaux de cèpes, elles rentraient au volant de leur Simca pleine à craquer du précieux chargement aux fragrances forestières. Avec toujours leur mystérieux petit passager dont le couffin était parfaitement calé entre les marchandises.

Je me souviens qu’avant de prendre la route, Yvonne avait pour habitude de se signer, redoutant par dessus tout qu’une catastrophe survienne en chemin.

L’autoroute n’existant pas à l’époque, c’est après environ 6h de route aller/retour sur la nationale 10 et une nuit blanche, qu’elles commençaient à installer les magnifiques bolets sur toute la longueur de leur étal.

Cette opération ne pouvait s’effectuer qu’une fois le contrôle effectué par le vétérinaire déplacé aux Halles pour l’occasion. Et pour l’avoir vu, ce dernier était capable de valider 100kgs de cèpes en quelques secondes…

Légende inutile n'est-ce pas ?
Légende inutile n’est-ce pas ?

Les restaurateurs arrivaient en premier, s’empressant d’acquérir le fameux sésame qui leur assurerait à coup sûr la satisfaction, pour ne pas dire la reconnaissance éternelle de leurs clients.

Puis arrivaient les clients habitués qui avaient été discrètement informés de la date du « jour J »

Enfin et comme par magie (les bruits courant vite dans le Bayonne d’antan), une foule d’amateurs avertis aux yeux émerveillés se ruait spontanément devant l’étal, juste le temps de satisfaire leurs yeux avant leurs papilles.

“Ils viennent d’où ?”, “c’est des cèpes ?…”, “moi j’vais me les chercher !”, “ils sont magnifiques, beaux, superbes !”, “c’est cher !”, Alua !” ou encore “Hil dou biable !” étaient les phrases les plus entendues sous les Halles chaque mois de septembre.

Durant la saison Yvonne et Francette reprenaient la route deux à trois fois par semaine, inutile de préciser que ce rythme pour le moins soutenu, leur laissait peu de temps pour prendre ne serait-ce qu’un peu de repos.

Mais grâce à elles, les Bayonnais (entre autres) n’ont jamais manqué de cèpes !

Elles ont travaillé toute leur vie aux Halles de Bayonne, en faisant preuve de courage et d’abnégation, je voulais juste leur rendre hommage ici.

Elles apparaissent toutes les deux sur la photo ci-dessous, ce cliché a été pris à l’extérieur des anciennes halles en été 1960.

Yvonne et Francette aux anciennes Halles. Été 1960
Yvonne et Francette aux anciennes Halles. Été 1960

 Pour la petite histoire, vous pouvez peut-être remarquer que Francette est enceinte, je suis né environ 3 mois plus tard… et le mystérieux petit passager dans son couffin c’était moi 😉

Le petit passager et sa maman aux Allées Paulmy deux ans après
Le petit passager et sa maman aux Allées Paulmy deux ans après

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Halles de Bayonne les précurseurs des concept-stores et des food trucks ?

Nous n’avons rien inventé !

L’on nous parle aujourd’hui de la tendance du « Mono produit », de “Concept stores”, de ‘Food-trucks” comme s’il s’agissait de nouveautés absolues.

Disons plutôt que ce qui est nouveau, c’est la gestion et l’organisation de ces concept stores et/ou réseaux…

En effet, je me souviens très bien qu’aux Halles de Bayonne fin des années 60 et durant les années 70 existaient déjà des étals dits aujourd’hui « mono produit », “Concept store” ou encore ‘Food-truck” .

Les Cœurs de Georgette

Le premier exemple qui me vient à l’esprit concerne un « concept » inventé par une dénommée Georgette Forges, grand-mère d’un camarade de classe avec qui je suis d’ailleurs toujours (et pas assez) en contact.

Georgette Forges donc, qui disposait d’un étal relativement réduit au rez-de chaussée des Halles, avait créé le concept des « cœurs d’artichauts prêts à l’emploi », ainsi entre deux clients, elle passait son temps à découper des artichauts pour en extraire le cœur, ceci à l’aide d’un petit couteau qu’elle maniait avec autant de délicatesse que de dextérité.

Georgette s’était constituée une belle clientèle d’habitués, et son petit commerce a perduré durant de nombreuses années.

Les "Cœurs" de Georgette
Les “Cœurs” de Georgette

Les rois de la betterave

Dans le même registre Jeanne et Louis Servon (mes grands oncle et tante) s’étaient spécialisés après-guerre, dans la vente de betteraves précuites et prêtes à l’emploi, ils les commercialisaient sur un étal qui semblerait aujourd’hui totalement démesuré pour des betteraves.

Ils maitrisaient alors quasiment toute la chaine de production, en effet ils avaient équipé une partie de leur maison de Beyris (Malouja) en laboratoire de cuisson et préparation des betteraves qui leurs étaient livrées en gros.

Ils ont eux aussi exercé cette activité durant de très nombreuses années.

Jeanne et Louis Servon
Jeanne et Louis Servon

Un délice hivernal !

Un autre exemple qui me vient à l’esprit est Mme Lopez, qui était me semble-t-il d’origine espagnole, et qui vendait des marrons grillés sur le pont Marengo, elle officiait tout l’hiver dans une mini locomotive verte, comme quoi, même les « Food-trucks » d’aujourd’hui existaient déjà aux Halles de Bayonne il y a plus de 40 ans !

Marrons grillés sur le Pont Marengo
Marrons grillés sur le Pont Marengo

A vos couteaux Messieurs dames

Devant l’entrée des Halles se trouvait un rémouleur qui, comme sa fonction l’indique, proposait ses services pour affuter les ustensiles tranchants et coupants des ménagères locales.

Il disposait pour cela d’une machine à pédale, que gamin j’ai toujours observé avec une certaine curiosité.

Lorsqu’une cliente faisait appel à ses services, il appuyait fortement du pied sur la pédale qui actionnait un tour sur lequel il faisait aller et venir couteaux et ciseaux.

En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, l’opération était bouclée.

Le bruit strident et les étincelles qui en résultaient me faisaient généralement quitter les lieux à la hâte…

Rémouleur

Son talent contribuait à l’ambiance des Halles

La petite place devant l’entrée principale du rez de chaussée des Halles baignait dans une ambiance de guinguette, ceci grâce à cet accordéoniste non voyant, qui se plaçait sur une chaise sous l’arceau juste devant la boulangerie Mauriac. Son fils le guidait tous les matins pour venir l’y installer, et venait le chercher en fin de marché.

En conclusion…

Quoi qu’il en soit, Georgette Forges, Jeanne et Louis Servon, Mme Lopez, le rémouleur et l’accordéoniste, ont tous contribué durant des décennies à la véritable Âme des Halles de notre chère cité, merci à eux !

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Marché Parking de Bayonne

Marché Parking Bayonne 1963 1994

Le Marché Parking de Bayonne a été construit à la place des “Anciennes Halles de la Nive”.

Il aura duré une trentaine d’années de 1963 à 1994, même si son format “parpaing” était peu apprécié d’un point de vue esthétique, on ne peut nier que grâce aux centaines de places de parking dont il disposait, il a largement contribué à l’intense activité des lieux.

Voici une série de photos d’époque qui raviverons sans doute les souvenirs de nombre d’entre vous ! Si vous-mêmes disposez de photos n’hésitez pas à me les envoyer, je les intégrerais à cette page.

Vous noterez que les prix restent affichés en “anciens francs”, pourtant nous sommes après 1958.

Pour en savoir plus : Reportage TVPI sur l’Histoire des Halles de Bayonne

Si ces photos vous ont plu, n’hésitez pas à les partager !

Retrouvez très bientôt sur ce site le ” Pack 4 des Bayonnades “ et la suite des « Kaskarrots au commissariat » ! Pour être informé directement de leur arrivée, abonnez-vous, c’est gratuit !

1930 Étal familial aux Halles de Bayonne

Quelques années après la « Der des ders », c’est-à-dire vers le milieu des années 20, la confiance reprenait le dessus, les stocks s’étaient reconstitués et la consommation redémarrait.

Ce fût une période particulièrement faste pour les Halles de Bayonne, jugez plutôt, Marthe Etcheverry (épouse Lacaze) mon arrière-grand-mère, employait une douzaine de personnes, son équipe est même montée jusqu’à 17 personnes…

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Vues aériennes des Halles à travers les époques

Aujourd’hui je me suis livré à 2 petits montages permettant d’avoir une vue globale de l’évolution de nos Halles.

Nous avons ici des prises de vues aériennes relativement rares, surtout les deux premières…

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Les halles de Bayonne durant la guerre…

Si de nos jours, nos voisins Allemands ont la réputation de voyager beaucoup, surtout lorsqu’ils sont à la retraite, chose que l’on peut comprendre car il faut bien qu’ils s’occupent (quand ils n’occupent pas leurs voisins…), il fut un temps ou leur présence n’avait rien de touristique.

Déjà que la vie n’était pas facile à l’époque, les années qui ont vu la seconde guerre mondiale ont été encore plus dures à vivre à Bayonne (comme dans la plupart des autres villes et campagnes).

Arrestations, déportations, contrôles quasi permanents, perte de proches étaient le lot quotidien de ces courageux hommes et femmes, qui ont fait face malgré tout.

Les contraintes imposées aux commerçants des Halles comme par exemple l’obligation de tirer les charrettes en bois, en effet, le simple fait de « pousser » sa charrette était alors considéré comme un acte potentiellement terroriste.

Ces années ont été terribles ici aussi, couvre-feu, patrouilles permanentes, le claquement des bottes résonnant dans les rues du Petit-Bayonne et autour des Halles, la peur s’est installée…

Cette époque a fortement marqué les Bayonnais.

La Wehrmacht devant La Féria

Malgré tout une forme de détermination commence à imprégner les esprits, la résistance s’organise, prenant des formes multiples, et officiant à tous les niveaux.

Comme par exemple la trappe amovible au sol dans le couloir de l’appartement ou je suis né rue Bourgneuf, et qui servait de cache d’armes, les doubles rideaux opaques des appartements Bayonnais masquant tant bien que mal l’éclairage intérieur aux patrouilles omniprésentes, et bien entendu les multiples « TSF » permettant de s’informer de la (vraie) situation via « Radio Londres »

Bayonne 1942

Ceci n’a pourtant pas empêché de nombreux Bayonnais d’être arrêtés, parfois pour des raisons futiles, comme mon grand-père qui fut déporté avec d’autres locaux au Stalag XII F de Forbach, laissant ma grand-mère seule avec ses trois enfants.

Message des enfants au verso de la photo

Concernant ce Stalag, j’ai voulu en savoir un peu plus, et voici ce que j’ai découvert…

Stalag XII F de Forbach

Au 1er septembre 1943, étaient dénombrés dans ce camp 17 524 Français, 312 Belges, 2 623 Polonais, 4 923 Slaves (Serbes etc..) et 23 623 Soviétiques, soit un total de 49 015 prisonniers.

Les plus faibles étaient condamnés à mourir.

Tous les jours une trentaine de cadavres étaient transportés dans des charrettes tirées par quatre prisonniers qui les jetaient dans des fosses communes.

Aux conditions inhumaines de détention s’ajoutait le typhus du au manque total d’hygiène.

Ce n’est qu’après l’épidémie du typhus surmontée, que des transports de prisonniers soviétiques dans le Stalag XII F sont arrivés en été 1942 et ce contingent a constamment augmenté jusqu’en août 1944.

Le nombre des victimes qui sont décédées au printemps 1942 pendant les transports sur rail, de fièvre et de malnutrition ne peut être estimé, car seulement les survivants ont été enregistrés en tant que prisonniers du Stalag XII F.

Au 1er août 1944, dans l’ensemble du XII-F (Forbach) on dénombre un total de 29346 prisonniers de guerre soviétiques et 2804 prisonniers de guerre polonais. Pour ce qui concerne les autres nationalités, le nombre total est inconnu.

Jointe à ce post, vous trouverez une photo envoyée innocemment à mon grand-père, bien entendu cette photo ne lui est jamais parvenue car jamais partie. Elle avait été récupérée par le facteur à cause des risques encourus selon lui.

Les enfants ne l’ont su que beaucoup plus tard…

A la fin de la guerre lorsqu’il en est revenu, il était méconnaissable, il pesait… 42kgs pour 1m78 !

D’autres en revanche n’ont pas eu “sa chance” …

Inutile de préciser que ces années furent extrêmement difficiles pour les commerçants des Halles, qui en plus d’un travail des plus pénibles, ont subi ces souffrances et contraintes dans un climat de risque permanent.

La Wehrmacht sur le Pont du Génie

En 1944, alors qu’une lueur d’espoir renaît, une nouvelle tragédie frappe non pas Bayonne, mais Biarritz, en effet en ce lundi ensoleillé du 27 mars, la ville voisine subit le bombardement massif de 3 escadrilles de bombardiers américains.

Le bilan est lourd, très lourd, Les bombes font 117 morts et 250 blessés. 375 maisons et immeubles sont détruits.

Sur le carreau des Halles, c’est la stupeur ! Certains commencent à s’organiser pour aller porter secours, oubliant par la même et logiquement, tout esprit de rivalité.

Comme si ce n’était pas suffisant, les tragédies s’enchainent, après le bombardement de Biarritz, c’est le toit des Halles de Bayonne qui s’effondre… en ce rude hiver 1944/1945.

Mais ça c’est une autre histoire, celle de notre cher pays.

Je voudrais rendre hommage à celles et ceux qui nous ont donnés tant de leçons de courage en une époque si trouble, peut-être cela nous aidera-t-il à nous plaindre un peu moins de notre condition d’aujourd’hui…

Je conclurais avec une pensée pour Alexis de Tocqueville qui écrivait, “Quand le passé n’éclaire plus l’avenir, l’esprit marche dans les ténèbres”

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Ancienne devise des Halles de Bayonne ordinem et munditiae

Saviez-vous que les Halles de Bayonne qui ont précédé celles d’aujourd’hui, disposaient d’un poste de police ainsi que de toilettes publiques.

Ces deux endroits étaient confiés à deux personnages incontournables qui, pour ceux qui les ont connus, se définissaient comme les garants zélés d’un ordre et d’une propreté ne souffrant aucune incartade…

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