Riton un commercial hors compétition !

Quelque peu refroidi par son palmarès d’exploits mémorables sur le carreau des Halles Bayonnaises (voir articles dédiés 1 2 3 4), et surtout ne trouvant plus un seul employeur susceptible de faire appel à ses innombrables talents, notre Riton disparut purement et simplement de la circulation.

Un midi en passant devant « Le Clou », quelle ne fût pas ma surprise d’apercevoir le lascar en train d’échanger avec des clients de l’établissement, le verbe tout aussi haut que son menton.

Retrouvailles

Content de le voir, je m’empresse d’aller lui serrer la main…

« Alors Riton qu’est-ce que tu deviens ? On te croyait parti sous les tropiques ! »

« Oh tu sais, les Halles ne me correspondaient plus, non pas une question de standing, mais tout de même… »

« Ok merci ça fait toujours plaisir, mais qu’est-ce que tu deviens ? »

« Bon je te file l’info, mais tu la garde pour toi ok, c’est très confidentiel, et je veux être le seul à annoncer l’évènement… »

« Ok comptes sur moi, et alors… ? »

« Je suis en train de suivre une formation de haut niveau pour devenir responsable commercial dans les assurances, rien que ça ! »

« C’est génial, mais comment tu as fait avec juste ton BEPC ? »

« Oh c’est simple, j’ai rencontré mon directeur, un peu de bagout, quelques coups d’esbrouffe, et sans doute a-t-il aussi remarqué une certaine prestance… »

« Ah ouais, je ne savais pas que la modestie était une qualité requise pour devenir responsable dans ce métier ! »

« Bon c’est pas tout, j’ai à faire moi ! À bientôt ! » De nos jours on appelle ça « un vent ».

Les semaines qui suivirent furent marquées par l’absence totale de Riton dans les « Chapelles » du Petit Bayonne, chose d’autant plus étonnante que celui-ci est friand d’une certaine boisson anisée…

Le retour…

Un beau matin, mon collègue Gilbert et moi virent arriver sur le pont Marengo une silhouette qui de loin ressemblait plus à un dandy façon old school, qu’à l’ancien ripeur des Halles que nous connaissions.

Plus il s’approchait, plus nous avions l’impression que notre Riton n’était pas devenu simple « responsable commercial », mais plutôt PDG !

Il ne lui manquait que la canne en acajou avec pommeau d’argent, mais il n’y avait sans doute pas encore pensé, sinon…

« Alors les gars, toujours dans vos cageots ? » nous lança-t-il d’un air aussi hautin que malicieux.

« Comme tu vois, mais toi ? Ça y est tu as commencé ? » Curieux que nous étions face à ce Lord capable de faire pâlir James Bond lui-même.

« Depuis ce matin, je suis officiellement représentant exclusif de la compagnie, ce qui veut dire costards pour la classe, plus de xoxas à la fin du mois, et surtout pas de patron derrière pour me surveiller, voyez ce que j’veux dire ? »

« Euh pas vraiment mais tu va nous expliquer tout ça… »

« Sans doute oui, mais pas aujourd’hui, je suis très pris, allez… salut les gars »

Le regard de Gilbert croisa le mien juste avant que nous n’éclations tous les deux dans un fou rire difficile à réprimer.

Je vous dis de suite, ce n’est pas Riton 😉

Quelque temps après…

Quelque temps après, je croise notre dandy en train de siroter un anis dans une chapelle du Petit Bayonne plus connue alors sous le nom de « La Cueva ».

Lorsqu’il me vit, il m’invita à me joindre à lui.

« Dis-moi tu n’as pas l’air très en forme Riton, tout va bien ? »

« Ben… c’est-à-dire que malgré mes atouts, les clients ne sont pas faciles à convaincre, et puis tu sais, le porte à porte c’est pas gagné aucun client ne m’a encore laissé entrer, du coup heureusement que j’ai mon fixe sinon… »

« Tu peux pas te faire aider par quelqu’un de la compagnie ? »

« Ah ça non alors ! Je vais pas me rabaisser à quémander un quelconque soutien ! Bon il faut que je te laisse, j’ai à faire »

Environ 2 mois passent et je vois arriver mon Riton aux Halles…

« Je peux te parler ? »

« Oui qu’est-ce qu’il se passe ? »

« Suis-moi ne restons pas là, les murs ont des oreilles… »

Il m’emmène jusqu’au bord de la Nive au niveau du Stock Américain, jugeant sans doute l’endroit plus propice aux confidences.

« J’ai de gros gros emm.rdes avec ma banque, y me disent que je suis à découvert et qu’ils vont me virer !!! tu vois le tableau ? Me virer à moi… la banque ! »

« Mais tu travailles, tu as un salaire, qu’est-ce qui cloche ? »

« Comprend pas, la compagnie me verse mon salaire fixe depuis 3 mois, j’ai pas plus que le fixe parce que ces @!ù$* de clients ne comprennent rien à rien ! De véritables bourrins, du coup je vend pas, du coup pas de xoxas en plus »

« Tu es bien sûr qu’il n’y a pas d’erreur ? Que la compagnie a tes bonnes coordonnées bancaires ? »

« Si j’en suis sûr ? Tiens regarde j’ai même les reçus dans mon cartable ! »

Hallucinant !

Il me tendit les 3 « reçus »… et là… je n’en crut pas mes yeux en découvrant que les fameux « reçus » de la compagnie étaient en réalité les chèques de salaire de notre Riton !!!  !

Persuadé qu’il s’agissait uniquement de reçus, il les conservait précieusement comme éventuels justificatifs en cas d’un tout aussi éventuel contrôle fiscal… Précaution élémentaire due à son nouveau statut social.

« Riton, tu sais que tes reçus sont en réalité des chèques et que tu dois les déposer à la banque afin de créditer ton compte, là en fait, tu as entre les mains tes 3 mois de salaire, je comprends mieux la réaction de ton banquier ! »

« Quoi ??? Tu es sûr de ça ??? Pourquoi y m’ont rien dit ??? Bon… j’y vais j’ai à faire !!! »

« Oui à faire et surtout à faire vite ! »

Riton repassa me voir une heure après pour me remercier tout en m’expliquant que ça s’était arrangé, et qu’on ne l’y reprendrait plus !

Un « Reçu » de Riton !
Précision

Il est vrai que fin des années 70 beaucoup de Bayonnais (notamment) n’avaient pas de chéquier, ni même de compte bancaire, ce qui peut expliquer la bévue de notre inimitable Riton.

Y veut aussi me virer !

Une semaine après, notre commercial de haut vol débarque au café du midi, on remarque tout de suite qu’il a quelque peu perdu de sa superbe, le menton moins haut, la cravate de travers, mais l’œil toujours aussi vif…

« Après le banquier la semaine dernière, maintenant c’est le patron qui menace de me virer ! »

« Faut dire que de ce point de vue tu as une certaine expérience non ? » lui dis-je en souriant.

« Ouais mais là, moi aussi j’en ai marre ! Hier en faisant ma tournée de porte à porte à Saint Esprit, je « tire une sonnette », la femme m’ouvre avec un grand sourire, son mari derrière elle idem, et à ma grande surprise ils me font entrer… »

« Et alors, c’est bon pour toi ça non ? »

« Euh… ouais… ouais, je leur ai fait mon speech, ils continuaient à sourire contrairement à tous les autres avant eux, là… je me suis méfié… »

Et alors ?

« Alors ? C’étaient des « Témoins de Jéhovah » et non seulement ils m’ont rien acheté, mais en plus ils ont réussi à me fourguer un de leurs bouquins !!! Je suis sorti de là écœuré de la vente, parole ! »

« Ah ouais, effectivement, peut-être qu’il faudrait utiliser tes compétences ailleurs, je sais pas moi… aux Halles ? »

Cette dernière phrase fit bondir Riton qui détalla aussi sec, sans doute hautement vexé par ma suggestion.

Ainsi s’arrêta net la carrière commerciale de notre Riton favori, 2 semaines plus tard il était de retour aux Halles embauché par un grossiste d’Agen qui n’avait pas encore eu vent de sa réputation, mais ça c’est une autre histoire…

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La première « bavure » de Riton !

En ce matin de juin 1978, le carreau des Halles a l’aspect d’une énorme fourmilière, et pour cause, nous sommes samedi c’est-à-dire jour de grand marché .

Sur les quais et sous les arceaux, les nombreux grossistes et leurs équipes de ripeurs s’affairent à finir de décharger les poids-lourds, ranger, négocier, trier, peser et recharger dans des véhicules plus légers les marchandises à livrer toujours dans l’urgence.

Parmi les ripeurs (Ouvriers spécialisés dans la manutention) se trouvaient quelques personnages d’exception, je vais vous raconter aujourd’hui l’un des plus hauts « faits d’armes »  de l’un d’entre eux, surnommé « Riton* »…

*Afin de ne pas nuire à sa réputation actuelle, j’ai volontairement dissimulé son vrai nom.

Il est environ 5h30…

Notre Riton s’emploie chez l’un des grossistes du Quai Galuperie. Comme il le précise lui-même (mais jamais devant son patron), son principal objectif consiste à « travailler intelligemment », c’est à dire de façon moderne, traduisez en évitant de trop en faire…

Ce jour-là, n’ayant personne disponible sous la main, son patron lui demande de prendre une palette de tomates, de la charger dans le fourgon puis d’aller livrer le tout au Printafix de la rue Orbe, mal lui en prit…

Riton fort de son sens inné de l’organisation et de son souci de l’optimisation, juge qu’il aura bien plus vite fait d’aller livrer la palette de tomates (environ 350kgs) directement avec le transpalette…

Palettes de tomates, notez qu’à l’époque les « cageots » étaient en bois.

Il estime donc parfaitement inutile de perdre du temps (et surtout de se fatiguer outre mesure…).

C’est au moment où son patron entre dans la chambre froide que notre Riton profite de cette brève « fenêtre de tir »  pour s’emparer du manche du transpalette et de son contenu sans se faire voir, puis commence à le tirer vers le pont Marengo (côté Musée Basque).

Transpalette pour ceux qui ne connaissent pas

Bien entendu, l’ensemble étant trop lourd pour un seul homme aussi costaud soit-il, notre Riton nous fait un signe discret pour que nous lui donnions un coup de main.

J’avoue que même à trois, nous avons eu peine à parvenir en haut de la pente.

Une fois notre Riton et son attelage sur le pont, nous retournons rapidement finir de décharger le camion en cours sur le quai devant chez Yves Metge.

Une catastrophe annoncée

Nous n’avons pas le temps d’arriver qu’un énorme fracas suivi d’un impact nous cloue sur place !

Notre premier réflexe est de nous retourner pour voir si c’est le pont ou un immeuble qui s’est effondré, mais rien…

Ce n’est qu’une fois revenus au pas de course sur le pont Marengo que nous prenons conscience du préjudice, presqu’en même temps que… le patron de Riton alerté lui aussi par cet énorme fracas !

En bas du pont côté « Bazar Central », s’étend devant nous une véritable scène d’apocalypse.

Le transpalette a fini sa course encastré à 45° dans l’entrée du magasin , non sans avoir éjecté auparavant les 350kgs de tomates !

Le « Bazar Central » en bas du pont Marengo

Comme vous vous en doutez ces dernières se sont, soit écrasées net (donc sans souffrance), soit ont roulé, ou sont encore en train de le faire sur un espace qui n’en finit pas de s’agrandir…

Mais où est passé Riton ?

Pas bien loin, en fait notre livreur de choc est assis sur les marches du pont, en train de tirer fiévreusement sur une « Gitane » contemplant d’un air hébété le spectaculaire épilogue de son coup de fainéantise.

Lorsque son patron furieux l’interroge sur la raison du carnage, il lui répond d’un air aussi détaché qu’innocent « comprend pas ce qui s’est passé, sans doute un trou sur le pont, vu son état d’entretien ça ne m’étonnerais pas ! »

Préférant éviter toute échange qu’il n’est même pas sûr de remporter connaissant le lascar au champ lexical inépuisable , le patron désespéré retourna au magasin tout et se demandant comment il allait bien pouvoir expliquer cette « bavure » à son assureur.

Tout le monde mit la main à la pâte (si j’ose dire) afin de récupérer le plus grand nombre de tomates possible, mais en pure perte car la circulation et l’agitation à cette heure sont trop intenses.

Vers 8 heures du matin, rien n’est encore nettoyé, plus de 2 heures après l’incident le carreau des Halles a des faux airs de La Mongie en période de dégel, mis à part la couleur de la chaussée, des trottoirs, du quai…

Les voitures, fourgons et autres camions n’ayant eu d’autres choix que d’avancer, ont écrasé au passage une quantité phénoménale de tomates, à tel point qu’une épaisse trainée rouge recouvre la chaussée du bas du pont Marengo jusqu’au bout de la rue Port de Castets d’un côté, et jusqu’au pont Pannecau de l’autre.

Il va de soi que le tour et même l’intérieur des Halles ont également bénéficié de cette piperade pour le moins inattendue.

De fait les crampons de 12 deviennent fortement recommandés pour les malheureuses mémés arrivées (trop) tôt faire leurs emplettes…

Pour l’anecdote, on ne sait pas comment elles sont arrivées là, mais on a même retrouvé des tomates sous les tables du bar « Chez Rémy » !

Mais que s’est-il donc passé ?

Souvenez-vous, nous lui avons donné un coup de main pour monter sur le pont, et l’entraide de l’époque est telle que nous sommes certains qu’il y aura des âmes charitables pour l’aider de l’autre côté, dans la descente… mais pas là… pas ce jour-là….

Au lieu d’attendre un peu que quelqu’un arrive, notre Riton, sûr de sa technique parfaite et téméraire de nature, a légèrement sous estimé la poussée avant d’entamer sa descente en solo, avec le transpalette et 350kgs de tomates tout de même !!!

Ce qui devait arriver arriva, ne parvenant plus à contenir la cargaison, et voyant la situation lui échapper, notre Riton n’a eu d’autre alternative que de jouer les écarteurs, façon Michel Agruna… avec le résultat que l’on connait.

Inutile de vous préciser qu’avant d’aller voir son assureur, le patron de Riton a sans délai tiré les leçons de cette mémorable aventure en lui interdisant « à vie » de s’approcher à moins de 5 mètres de tout transpalette.

Il lui a en quelque sorte retiré son permis (presque à point)

Il faut noter que Riton notre livreur de choc nous a fait connaitre d’autres grands moments, l’épisode de la palette de tomates ne constituant qu’un échantillon pour ne pas dire un concentré, car un jour il a fait mieux, bien mieux, mais ça c’est une autre histoire que je vous raconterais prochainement…

Autre anecdote :

Récemment lors d’un repas à la maison, lorsque je lui ai rappelé cet épisode peu glorieux, notre Riton m’a juré qu’il ne s’en souvenait pas, mais alors pas du tout, que j’avais du « rêver » ! Bonne foi quand tu nous tiens…

Le toit des Halles s’est effondré !

La guerre touche à sa fin, et l’espoir semble renaître dans l’esprit des commerçants des Halles.

De fait les contraintes supplémentaires imposées par l’occupant viennent a peine d’être levées, comme par exemple l’obligation de tirer les charrettes en bois, le simple fait de pousser sa charrette étant considéré comme un acte potentiellement terroriste…

Hiver 44-45

En ce rude hiver 1944-1945 ou le couvre-feu n’est plus en vigueur depuis peu, la vie n’est pas simple sur le carreau des Halles, mais l’espoir est en train de revenir, lorsqu’un nouveau coup du sort frappe les commerçants

C’est en arrivant sur place tôt le matin, qu’ils s’aperçoivent avec stupeur que le toit des Halles s’est effondré ! Au-delà de la surprise, ils comprennent immédiatement qu’ils vont devoir faire face à une nouvelle épreuve.

La situation étant extrêmement difficile depuis plusieurs années, il va falloir désormais reconstruire, non seulement le toit des Halles, mais également un moral qui n’en finit plus d’être sapé par les évènements.

Structure « temporaire » de 1945 à 1962 (Anciennes Halles)

Après des années de restrictions, de couvre-feu, de tickets de rationnement, de patrouilles nazies dans les rues Bayonnaises, de déportation de maris, pères, frères, voici que Mère Nature s’en mêle.

Mais c’est une fois de plus avec un remarquable courage que nos anciens se sont organisés, ont fait face à l’adversité et bravé les éléments de ce terrible hiver, pour continuer à assurer tant bien que mal leur maigre gagne-pain.

Construction du Marché-Parking

Après plus de 15 ans de « structure temporaire », Henri Grenet alors Maire de Bayonne, décide de construire de nouvelles Halles plus adaptées, prévoyant surtout de nombreuses places de parking, comme le réclamaient les Bayonnais.

Bravo à toutes et tous pour ces leçons de courage en cette époque si trouble.

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Un délice traditionnel (presque) oublié

S’il existait une tradition qui faisait l’unanimité, et qui nous semblait indéboulonnable sur le carreau des Halles de Bayonne, c’était bien l’unique, le fameux, l’inégalé sandwich à l’omelette aux piments du pays !

Histoire de faire bonne mesure, il semble bon de préciser que la taille « réglementaire » fortement conseillée correspondait à une (bonne) demi-baguette de pain encore chaud…

L’incontournable !

Incontournable casse-croûte de ceux qui travaillaient de nuit aux Halles, et qui le dégustaient généralement entre 5h et 7h du matin.

Cette pratique était tellement ancrée que, même lorsque leur bar était plein, certains cafetiers trouvaient toujours le temps de préparer à la hâte le fameux en-cas.

Sans doute savaient-ils à quel point nous en avions besoin, surtout lors des nuits glaciales d’hiver ou nous commencions entre minuit et 2h, c’était un peu notre récompense de la « mi-journée ».

Aujourd’hui cette tradition s’est, à mon grand désespoir, quasiment perdue, pour preuve, il y a quelques années lors de l’une de nos sorties aux Fêtes, j’ai voulu faire déguster cet incontournable sandwich à des amis de passage, il nous aura fallu faire près de 3 fois le tour de la ville (…) pour enfin trouver notre bonheur rue d’Espagne !

Les plus anciens se souviendront qu’à l’époque durant les Fêtes, il aurait été difficile de trouver un endroit qui n’en préparait pas !

Je trouve cela d’autant plus dommage, qu’aujourd’hui l’on nous « propose » à la place des hot-dogs, burgers et autres kebabs de qualité parfois douteuse, et qui sont loin, mais alors très loin d’égaler ce délice traditionnel local !

Ceci dit, il est vrai que ce dernier ne se congèle pas…

Mais ce n’est pas tout…

A la même époque, l’on trouvait également dans les bars autour des Halles, une autre spécialité de très haut vol, j’ai nommé les « œufs-chingarre » une autre préparation emblématique locale, de renommée – à minima – mondiale.

Cette dernière, qui selon moi… nous aurait été sournoisement subtilisée par les « premiers touristes anglais » arrivés en 1152, à cause du mariage d’Aliénor d’Aquitaine, et qui l’auraient perfidement renommée « Eggs and bacon » avant de l’exporter dans le monde entier, enfin… ça c’est ma version 😉

Il ne vous échappera pas que d’un point de vue étymologique, et surtout en toute bonne foi, il est relativement aisé de rapprocher le mot anglais « Bacon » de sa racine « Xingar », tout comme le mot « Egg » de « Arroltze » 😉

Si l’on tient compte du fait que la « Baïonnette » a été inventée à Bayonne, on peut facilement en déduire qu’elle a servi à couper la ventrêche bien avant le bacon.

Mais suspendons là cette petite note historique, qui permet toutefois de remettre diplomatiquement « Big Ben » à l’heure de la Cathédrale Sainte-Marie.

Plus sérieusement

Plus sérieusement, comme ils ont raison nos grands chefs cuisiniers, lorsqu’ils affirment que des préparations simples, réalisées avec de bons produits, n’ont nul besoin de présentations sophistiquées ou d’atours en trompe l’œil pour émerveiller nos papilles !

Alors oui, il est vrai qu’il existe depuis une quinzaine d’années le « championnat du monde d’omelette aux piments » qui connait d’ailleurs un vif succès, ce qui en soi est encourageant, mais cela augure-t-il un retour prochain à cette tradition dans les établissements ? Rien n’est moins sûr.

Quoi qu’il en soit, j’espère que ces deux délices évoqués dans ce post ne vont pas finir par s’éteindre complètement, nous perdrions alors deux pans importants de notre art culinaire local ET traditionnel.

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Des cèpes à Bayonne ? Oh que oui !

Elle s’appelait Yvonne Lacaze, elle a consacré sa vie à sa famille et l’a passée aux Halles de Bayonne ou elle a commencé à travailler en 1922 à l’âge de 11 ans, elle y vendait des fruits et des légumes, mais aussi des cèpes lorsque la saison arrivait.

Jusqu’à l’âge de 70 ans, elle s’est levée entre 2h30 et 3h30 du matin, selon l’importance du marché du jour.

1971 : Yvonne Lacaze et sa sœur Marguerite Laricq (elle aussi commerçante aux halles)
1971 : Yvonne Lacaze et sa sœur Marguerite Laricq (elle aussi commerçante aux halles)

Très tôt le matin donc, été comme hiver, c’est couverte de sa pèlerine qu’elle arpentait les quais de son petit pas pressé, passant d’un grossiste à l’autre pour négocier tel ou tel lot de fruits et légumes, qu’elle et sa fille Francette s’empressaient de mettre en valeur sur leur étal sous les Halles.

En septembre…

En septembre, tous les matins elle avait pour habitude de scruter le journal Sud-Ouest, et ce qui l’intéressait tout particulièrement c’était l’apparition du mot « cèpes » dans la rubrique « les marchés de la région».

Dès lors que le mot magique apparaissait, Yvonne et sa fille Francette mettaient rapidement en place une véritable organisation, et le mot n’est pas exagéré.

Ayant leur stand aux Halles tous les matins, il ne restait donc que la nuit pour se rendre notamment à Bordeaux afin d’y acquérir de grosses quantités de cèpes, ces derniers étant revendus aux particuliers et aux restaurateurs dès leur retour à Bayonne.

La Simca Châtelaine…

C’est avec leur break « Simca Châtelaine »  que toutes deux accompagnées d’un mystérieux petit passager installé à l’arrière dans un couffin, quittaient Bayonne dès 10h du soir pour se rendre de nuit en voiture au marché des Capucins ou celui de Brienne, ou elles connaissaient tous les grossistes depuis de nombreuses années.

Simca Châtelaine
Simca Châtelaine

Une fois sélectionné, négocié âprement et chargé les plateaux de cèpes, elles rentraient au volant de leur Simca pleine à craquer du précieux chargement aux fragrances forestières. Avec toujours leur mystérieux petit passager dont le couffin était parfaitement calé entre les marchandises.

Je me souviens qu’avant de prendre la route, Yvonne avait pour habitude de se signer, redoutant par dessus tout qu’une catastrophe survienne en chemin.

6h de route

L’autoroute n’existant pas à l’époque, c’est après environ 6h de route aller/retour sur la nationale 10 et une nuit blanche, qu’elles commençaient à installer les magnifiques bolets sur toute la longueur de leur étal.

Cette opération ne pouvait s’effectuer qu’une fois le contrôle effectué par le vétérinaire déplacé aux Halles pour l’occasion. Et pour l’avoir vu, ce dernier était capable de valider 100kgs de cèpes en quelques secondes…

Légende inutile n'est-ce pas ?
Légende inutile n’est-ce pas ?

Les restaurateurs arrivaient en premier, s’empressant d’acquérir le fameux sésame qui leur assurerait à coup sûr la satisfaction, pour ne pas dire la reconnaissance éternelle de leurs clients.

Puis arrivaient les clients habitués qui avaient été discrètement informés de la date du « jour J »

Y’a des cèpes !

Enfin et comme par magie (les bruits courant vite dans le Bayonne d’antan), une foule d’amateurs avertis aux yeux émerveillés se ruait spontanément devant l’étal, juste le temps de satisfaire leurs yeux avant leurs papilles.

« Ils viennent d’où ? », « c’est des cèpes ?… », « moi j’vais me les chercher ! », « ils sont magnifiques, beaux, superbes ! », « c’est cher ! », Alua ! » ou encore « Hil dou biable ! » étaient les phrases les plus entendues sous les Halles chaque mois de septembre.

Durant la saison Yvonne et Francette reprenaient la route deux à trois fois par semaine, inutile de préciser que ce rythme pour le moins soutenu, leur laissait peu de temps pour prendre ne serait-ce qu’un peu de repos.

Mais grâce à elles, les Bayonnais (entre autres) n’ont jamais manqué de cèpes !

Elles ont travaillé toute leur vie aux Halles de Bayonne, en faisant preuve de courage et d’abnégation, je voulais juste leur rendre hommage ici.

Elles apparaissent toutes les deux sur la photo ci-dessous, ce cliché a été pris à l’extérieur des anciennes halles en été 1960.

Yvonne et Francette aux anciennes Halles. Été 1960
Yvonne et Francette aux anciennes Halles. Été 1960

Pour la petite histoire…

 Pour la petite histoire, vous pouvez peut-être remarquer sur la photo ci-dessus que Francette est enceinte, je suis né environ 3 mois plus tard… et le mystérieux petit passager dans son couffin c’était moi 😉

Le petit passager et sa maman aux Allées Paulmy deux ans après
Le petit passager et sa maman aux Allées Paulmy deux ans après

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